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Causerie prononcée pour la première fois devant le Rotary-club de Chalon-sur-Saône,
le 14/02/94 (cf.
Histoire de Bibracte, l'épée flamboyante, publiée en 1995, page 329)

 

Mesdames et messieurs,

Notre civilisation est d'origine gauloise. Elle est née à Gergovie et à Bibracte qui furent les deux capitales de notre pays, avant Paris.

Dans ce premier ouvrage Histoire de Bibracte, le bouclier éduen, je raconte l'histoire de la fabuleuse cité antique de Bibracte, qui se trouvait, non pas au Mont-Beuvray, mais au Mont-St-Vincent.

Dans ce deuxième ouvrage Histoire de Gergovie, je raconte la non moins fabuleuse histoire d'une autre grande cité antique, Gergovie, patrie de Vercingétorix, qui se dressait, non pas sur le plateau désert que l'on montre aux touristes, mais dans le village médiéval du Crest, sur un promontoire rocheux, à 12 kilomètres au sud de Clermont-Ferrand.

Bibracte et Gergovie furent pour la Gaule ce que Paris est aujourd'hui à la France.
 

Dans ses Commentaires sur la guerre des Gaules, au Ier siècle avant notre ère, César écrit ceci: L'oppidum de Bibracte est le siège de l'autorité suprême du peuple éduen.» Et il écrit encore: Le peuple éduen avait depuis longtemps la prédominance en Gaule.»
 

Au Second Empire, on pensait que Bibracte se trouvait à Autun.

Lorsque Bulliot découvrit sur le Mont-Beuvray les premiers vestiges d'une ville gauloise, il a pensé, tout naturellement, que ce site, placé sur une hauteur, convenait bien mieux à la Bibracte des Commentaires de César que la ville d'Autun.

Mais des vestiges archéologiques, on en trouvait aussi à Autun. Entre les partisans d'Autun et ceux du Mont-Beuvray, la discussion fut parfois vive. Poussé dans ses retranchements, Bulliot s'est très vite rendu compte que la simple découverte de vestiges archéologiques n'était pas une preuve suffisante. La preuve suffisante et nécessaire, c'est dans les Commentaires de César qu'il fallait la trouver.

En effet, dans ses Commentaires, César écrit que Bibracte se trouvait à 27 kilomètres de son camp, la veille du jour où eut lieu la grande bataille qu'il remporta sur les Helvètes. Bulliot a donc pris son bâton de pèlerin; il a parcouru la région, le livre des Commentaires à la main, pour retrouver ce fameux champ de bataille ainsi que le camp romain de la veille. Mais comme il voulait prouver sa thèse, il n'a cherché ces lieux que dans un rayon de 27 km autour du Mont-Beuvray.

Il place le camp de César à Toulon-sur-Arroux - qui se trouve effectivement à 27 km du Mont-Beuvray - et ensuite, pour coller avec le texte latin, il est allé chercher le champ de bataille plus loin, vers l'ouest, dans les reliefs tourmentés et boisés de Montmort. Et il a demandé au colonel Stoffel de venir sur place pour accréditer sa thèse.

Stoffel, ancien aide de camp de Napoléon III, s'était déjà fait connaître pour avoir dirigé les fouilles d'Alise-Sainte-Reine. Il est venu sur place et il a imaginé un scénario de bataille.

Le scénario de Stoffel, l'emplacement où il situe le champ de bataille des Helvètes, dans les reliefs tourmentés de Montmort, le déroulement des combats, dans tout cela, il n'y a rien de sensé. Aujourd'hui, aucun officier sérieux ne pourrait soutenir une telle thèse.
 

Conséquences de cette grave erreur, trois points sont à souligner:

1.  Dans son édition des Commentaires de César de 1926, périodiquement rééditée, le professeur Constans a cherché à faire coller sa traduction avec la thèse Stoffel, et il a rendu obscur un texte qui, dans sa version latine originale, était très clair.

2.  Cette mauvaise traduction de Constans est toujours la référence de l'archéologie officielle.

3.  A la différence de Bulliot qui voulait prouver que Bibracte se trouvait sur le Mont-Beuvray en retrouvant l'emplacement exact du champ de bataille des Helvètes, aujourd'hui, l'archéologie officielle ne cherche plus cette localisation. Elle ne s'appuie que sur des vestiges archéologiques, nombreux certes, mais qui n'ont toujours pas donné le nom de la ville gauloise qui se trouvait sur la hauteur.
 

Six mois après la publication de mon Bouclier éduen, le Centre archéologique européen du Mont-Beuvray publiait un livre de M. Christian Goudineau, professeur au collège de France, historien et archéologue réputé... Bibracte et les Eduens, à la découverte d'un peuple gaulois. Dans cet ouvrage, l'auteur reprend la thèse de Bulliot: puisque Bibracte ne peut être Autun, elle ne peut se trouver qu'au Mont-Beuvray.
 

Dans cette affaire aux implications financières très importantes (300 millions de centimes prévus par an pour les fouilles, 200 millions de francs prévus pour la mise en valeur du site, y compris la construction du musée archéologique européen), il aurait fallu, avant les grands discours officiels, revenir à la source des auteurs grecs et latins.
 
 

Première source: le géographe grec Strabon

S'inspirant d'auteurs antérieurs, Strabon écrit ceci au début du Ier siècle après J.C.: Entre le "Dubis" et l'Arar (la Saône) habite le peuple des Eduens, avec une ville, Cabyllinum (Chalon-sur-Saône), et une citadelle, Bibracte». Il aurait fallu se poser la question suivante: Comment traduire le mot "Dubis"?»

Si Bibracte s'était trouvée au Mont-Beuvray, Strabon aurait écrit que le peuple éduen s'étendait entre le "Liger" (la Loire) et l'Arar (la Saône). Pour Strabon, le Liger, de même que l'Arar, était un nom connu qui ne prêtait à aucune équivoque.

Or, Strabon cite plusieurs fois ce "Dubis", notamment quand il dit que le territoire des Ségusiaves de Lyon s'étendait entre le Rhône et ce "Dubis".

Si l'on traduit Dubis par Doubs, il faudrait croire que Strabon plaçait les Ségusiaves entre le Rhône et le Doubs, et les Eduens entre la Saône et le Doubs, ce qui est, non seulement faux, mais absurde. Dans le texte de Strabon, il faut traduire Dubis par Dheune, ou plutôt par le couloir Dheune/Bourbince; ce couloir permettait aux voyageurs de passer de la Saône à la Loire.

Bref, dans cette interprétation, pour un étranger qui voyageait par les grandes voies de circulation, le territoire des Ségusiaves se trouvait bien entre le Rhône et le couloir Dheune/Bourbince. Le pays éduen se situait bien entre l'Arar et ce couloir... sur un axe comportant, en avant, une ville, Chalon-sur-Saône, et en arrière, une forteresse/refuge, Bibracte... une forteresse/refuge, Bibracte, qu'il faut chercher au sud de ce couloir et non au nord, ce qui exclut le Mont-Beuvray du pays éduen, tel qu'il est délimité par Strabon.

Et en effet, comment s'articulait le comté de Chalon, au début du XIII ème siècle, avant de se fondre dans le duché de Bourgogne? Sur deux points: une ville, Chalon-sur-Saône, une forteresse/refuge: Mont-St-Vincent... entre la Saône et le couloir Dheune/Bourbince.
 

Strabon a écrit également ceci: Du Rhône, les marchandises passent dans l'Arar, puis dans le Dubis, son affluent. Elles sont transportées ensuite par terre jusqu'à la Sequanas, d'où elles descendent par voie fluviale jusqu'à l'Océan». Il est bien évident que, là aussi, Dubis ne peut pas désigner le Doubs, mais la Dheune. Après avoir remonté le Rhône puis la Saône, les marchandises remontaient par bateaux la Dheune jusqu'aux environs de Chagny, et là, on les déchargeait pour les transporter par voie de terre jusqu'à l'Armançon, d'où elles redescendaient ensuite jusqu'à la Seine et jusqu'à l'Océan.
 

Le Dubis dont parle Strabon dans sa Géographie est la DHEUNEinfo

Or, César, citant le Doubs qui entoure Besançon dans l'une de ses boucles, l'appelle également "Dubis". Pour comprendre, il faut se mettre dans l'esprit des Anciens. Il faut raisonner, non pas avec nos concepts modernes, mais en termes de voies antiques. Supposons que le mot "Dubis" ait désigné à l'origine, non pas un fleuve, mais une voie: la voie Dubis. Supposons que cette voie ait donné son nom aux cours d'eau qu'elle suivait. Alors, tout devient clair. Partant de Besançon, les marchands séquanes descendaient le Doubs (Dubis), passaient à Pontoux (Pons Dubis), traversaient Verdun-sur-le-Doubs, remontaient la Dheune (Dubis), puis la Cosanne au pied du mont de Sène (sène <- séquane), se repéraient sur la colonne au Jupiter de Cussy, passaient à Vidubia (la voie Dubis), station de la carte de Peutinger que je situe aux sources de l'Ouche, traversaient le pays des Mandubiens (hommes du Dubis) en suivant l'Armançon et descendaient la Sequanas (voie séquane) jusqu'à l'Océan et jusqu'aux mines d'étain de Cornouailles. Cette voie Dubis, c'était la voie de l'étain du peuple séquane.
 

Lorsque Strabon utilise le mot grec signifiant "citadelle" pour désigner Bibracte, il pense, de toute évidence, à une forteresse de type grec, avec des remparts, des créneaux, des tours, des pierres cimentées à la chaux. Les fortifications grossières et en terre du Mont-Beuvray ne sont pas à l'image d'une forteresse de type grec mais font plutôt penser à des constructions édifiées dans une situation d'urgence - sans mortier de chaux - et à l'économieinfo.

Par ailleurs, Strabon nous rappelle que l'Alésia où les Romains triomphèrent des Gaulois (Alise-Ste-Reine) était une cité du peuple mandubien (César le dit aussi dans ses Commentaires). Et il ajoute que le territoire de ce peuple mandubien touchait au territoire des Arvernes... cela signifie que le Mont-Beuvray n'était pas en territoire éduen, mais en territoire arverne, et qu'il ne pouvait pas, par conséquent, être Bibracte.
 

Les habitants d'Alise-Ste-Reine étaient des Mandubiens qui se trouvaient sous l'autorité des Lingons. Il faut le dire une bonne fois pour toutes: Alise-Ste-Reine n'était qu'une cité subalterne, qui n'a mérité d'être citée dans les textes grecs et latins que par le fait qu'elle a eu la particularité d'avoir été un champ de bataille.

Des localités portant le nom d'Alésia, ce n'est pas ce qui manque en Gaule. Non loin de Chalon, Aluze était une Alésia.

Dans le langage celte, Alisium, Alésia, est un mot qui désigne une position fortifiée... de même que Bibrax... de même que Bibracte. Ces deux mots étaient synonymes.

Lorsque les auteurs grecs et latins parlent d'Alésia - en dehors de la bataille d'Alésia - il fallait deviner qu'il ne pouvait s'agir d'Alise-Ste-Reine - cité vassale des Lingons - mais de Bibracte, Mont-St-Vincent.
 

Deuxième source: le naturaliste Pline

Lorsque dans son Histoire naturelle, Pline écrit au Ier siècle après J.C. que l'étamage des métaux était une invention gauloise et que l'application à chaud de l'argent sur les harnais des chevaux et sur les attelages des chars de parade fut réalisée, pour la première fois, à Alésia, il fallait comprendre que c'était à Bibracte, au Mont-Saint-Vincent.

Troisième source: l'historien grec Diodore de Sicile

Lorsqu'au Ier siècle avant J.C., Diodore de Sicile évoque la légende de la fondation d'Alésia par Hercule au cours de sa course errante, il fallait deviner que c'est une colonie herculéenne qui, pour la première fois, s'est établie et retranchée, non pas à Alésia/Alise-Ste-Reine, mais sur Alésia/Mont-Saint-Vincent. Cet Hercule, ajoute Diodore (c'est-à-dire: cette colonie herculéenne) tomba amoureux d'une princesse indigène. Il n'est pas besoin de connaître le grec pour deviner que les nouveaux colons, grecs ou phéniciens, mêlèrent leur sang pur au sang impur des belles autochtones. De leur union naquit Galatès (c'est-à-dire nous, la Gaule). C'est Galatès qui a donné au pays son nom de Galatia.C'est Galatès (ces bâtards de colons) qui tentèrent de civiliser la Gaule en interdisant les injustices et les meurtres rituels que les indigènes commettaient sur les étrangers.Hélas! poursuit Diodore, la population indigène était plus nombreuse que les soldats d'Hercule; et les Barbares reprirent le pouvoir sur le Mont-Saint-Vincent. Et Diodore termine par cet étonnant témoignage: Alésia (c'est-à-dire Bibracte, le Mont-Saint-Vincent) était le foyer et la métropole de toute la Celtique.»

Non, ce n'est certainement pas le Mont-Beuvray qui pouvait être la métropole de la Celtique. Perdu dans ses forêts de hêtres, le Mont-Beuvray ne correspond en rien à l'image qu'on pourrait se faire d'une colonie grecque ou phénicienne. En revanche, les murailles du Mont-St-Vincent correspondent à cette image.

Confirmant la légende de Diodore, les nombreux vestiges archéologiques retrouvés dans la Saône nous prouvent que le développement du pays éduen s'est fait à partir de ce fleuve, jusqu'à la Dheune dans un premier temps, jusqu'à l'Arroux ensuite, puis jusqu'à la Loire.

Une bonne image de ce pays éduen nous est donnée par le dispositif des quartiers d'hiver qu'adopta César après la bataille d'Alésia une légion à Mâcon, une autre à Chalon. Pour soutenir ces deux légions, il est bien évident que la position du Mont-St-Vincent était beaucoup plus logique que la position beaucoup trop retirée du Mont-Beuvray. En s'installant à Bibracte/Mont-St-Vincent, César soutenait ses deux légions et surveillait, et la Saône, et le peuple éduen des bords de Saône.
 

Oui, Bibracte était une véritable forteresse, mais c'était aussi une cité rayonnante comme l'était Athènes; c'était une cité d'origine phénicienne.info

 

Quatrième source: les Commentaires de César

Revenons maintenant aux Commentaires de Jules César sur la guerre des Gaules .

Le noyau dur de l'affaire se résume en une phrase: Vers l'an 58 avant J.C., le peuple helvète, en mal d'émigration, quitte ce qui est aujourd'hui la Suisse et s'avance dans le pays éduen. César intervient, livre bataille et bat les Helvètes. La nuit précédant la bataille, le camp de César se trouvait à 27 kilomètres de Bibracte

Vers l'an 58 avant J.C., menacé sur ses frontières du nord par des peuplades germaines, le peuple helvète 368 000 âmes, 92 000 combattants décide de quitter le territoire qu'il contrôlait pour venir s'installer en Gaule. Dans mon Bouclier éduen, j'explique que les Helvètes sont venus en Gaule à l'appel des responsables éduens qui se trouvaient alors en difficulté.

Voici (cf. mon Bouclier éduen p. 46) une monnaie frappée par les Helvètes, avant leur migration, à l'intention des Eduens (Eduis: pour les Eduens). Cette monnaie prouve que les Helvètes ne sont pas venus en Gaule pour piller le pays mais qu'ils avaient prévu d'acheter leur blé au cours de leur déplacement. Leur migration était - en principe - une migration pacifique, qui se déplaçait de point de ravitaillement en point de ravitaillement, c'est-à-dire d'un oppidum à un autre oppidum (c'est dans les oppidum que les stocks de blé de l'Etat étaient stockés).

Voici (p. 40) le déplacement des Helvètes, tel qu'on peut le reconstituer logiquement d'après le texte de César.

Maintenant, je prends le texte des Commentaires.

Je traduis: Ayant appris par ses explorateurs que l'ennemi s'était arrêté au pied d'un "mons". Constans identifie ce mons au mont de Sanvignes: c'est exact. (Le mont de Sanvignes, qu'on appelle plus couramment la colline de Sanvignes, est une hauteur caractéristique qui se dresse comme un cône isolé dans la plaine de Montceau, magnifique point de vue).

Je continue ma traduction: le camp de César se trouve à 11 km 800 de ce mont. A 11 km 800 du mont de Sanvignes, il n'y a qu'une position défensive digne de César: l'oppidum de Gourdon.

Pendant la nuit, César envoie Labiénus occuper le sommet de ce mont (de Sanvignes) et, venant de Gourdon avec le gros de ses troupes, avant le lever du jour, il marche en direction du camp des Helvètes (p. 60). De toute évidence, il veut déclencher son coup de main sur les derniers éléments helvètes à lever le camp, lorsque le gros de la colonne sera déjà parti (lors du franchissement de la Saône, César avait agi ainsi).

A 2 kilomètres 200 du camp helvète, Considius fait un compte-rendu erroné à César, et celui-ci, craignant un retour des Helvètes, décide de ne pas déclencher son coup de main. Il installe ses troupes en trois lignes de bataille sur une proximus collis. Constans a traduit par "une colline voisine" non! c'est une erreur, proximus est un superlatif; il faut traduire par la colline très proche.
 

Grave négligence de Constans et des historiens... il aurait fallu absolument identifier cette "proximus collis". Ce n'était pas difficile: il s'agit de la ligne de crête qui descend, en arc de cercle, de Sanvignes jusqu'aux Teuffaux, en passant par Ceurnay et le mont Maillot. C'est une position idéale et rarissime qui a permis à César d'installer à mi-pente du versant, sur un front d'environ 2 km, quatre légions - 12 000 à 20 000 hommes - face à un champ de bataille dégagé et où il n'y avait probalement que des champs et des prés.

En Alsace, on peut voir, au milieu de la plaine, une importante et curieuse hauteur qui constitue un remarquable observatoire. Les historiens y situent le lieu où les émissaires de César se rencontrèrent avec ceux d'Arioviste. Cette hauteur a donné au village voisin le nom de Cernay. Cernay vient du verbe latin "cerno", cerner du regard. C'est un mot qui appartient au vocabulaire militaire, qui évoque l'emplacement d'un P.C..

Sur notre colline très proche, la position qui s'impose pour l'emplacement du P.C. de César se situe au centre du dispositif. Ce lieu s'appelle... Ceurnay.
 

Nous sommes au jour précédant la bataille, un peu avant midi. Les Helvètes, qui ont levé le camp très tôt, marchent en direction de l'Arroux. A son P.C. de Ceurnay, César se rend compte que les Helvètes ont quitté les lieux et que l'attaque qu'il redoutait ne s'est pas produite. Il donne l'ordre de départ et ses troupes reprennent la route, à la poursuite des Helvètes.

Suivant la thèse Stoffel, Constans pense que les Helvètes ont franchi l'Arroux, non! c'est absurde. Il est évident que les Helvètes se sont arrêtés au pied de l'oppidum de Toulon-sur-Arroux, de la même façon qu'ils s'étaient arrêtés au pied de l'oppidum de Sanvignes (p. 90). Depuis leur camp de Sanvignes, ils avaient parcouru une étape d'environ 12 à 15 kilomètres. C'est une étape maximum pour des femmes et des enfants qui marchent à pied.

César écrit qu'il installa son camp à 4 km 400 du camp helvète. Une position s'impose sur le plan du raisonnement tactique: les contreforts montagneux de la Grande montagne. C'est à cet endroit que César dit qu'il est à 27 km de Bibracte. Le Mont-Beuvray est à 22 km, le Mont-St-Vincent est à 27 km à vol d'oiseau.
 

Je continue ma traduction: Postridie eius diei, le lendemain - nous sommes au matin du jour de la bataille. Bibracte ire contendit, César se met en route vers Bibracte. AbHelvetiis avertit, il se détourne et s'éloigne des Helvètes. Quant aux Helvètes, commutato consilio, leur plan ayant été modifié en conseil (pendant la nuit évidemment). Itinere converso, leur cheminement ayant été inversé, ils commencent à poursuivre et à harceler notre arrière-garde. Le texte latin est très clair: César et les Helvètes ont fait demi-tour. Ils ont repris leur chemin de la veille.
 

Et maintenant, le texte devient d'une clarté aveuglante. César se rend compte qu'il est poursuivi. Il a donc parcouru déjà plusieurs kilomètres; il ne doit pas être loin de la clairière de Sanvignes. Et voilà qu'il décide de conduire ses troupes sur une "proximus collis". Constans a traduit par une colline voisine, non! Il faut traduire par la colline très proche. Il ne peut y avoir aucun doute.

César est revenu sur la colline très proche sur laquelle il avait déjà disposé ses troupes le jour précédent lors de son coup de main manqué. C'est une position idéale et rarissime sur laquelle il a redéployé, sur un front de 2 km, à mi-pente du versant, les trois lignes de bataille de ses quatre légions de vétérans. Et il réinstalle son P.C. à Ceurnay (p. 64).

Supra se, au-dessus de lui, in summo jugo, au sommet de la crête (du mont de Sanvignes) il place deux légions de jeunes recrues avec des auxiliaires. Totum montem hominibus compleret, de telle sorte que tout ce mont de Sanvignes était rempli d'hommes. De toute évidence, il s'agit du mons dont il parlait le jour précédent dans l'affaire de son coup de main manqué.
 

"Mons", "proximus collis", ces deux mots répétés deux fois, à l'aller et au retour, prouvent que César est revenu sur ses pas et qu'en allant à Bibracte, il tournait le dos au Mont-Beuvray.
 

La bataille commence à midi. Les Helvètes attaquent. Les Romains contre-attaquent (p. 68).

Les Helvètes reculent . Mons suberat circiter mille passum, ils voient le mont (de Sanvignes) qui est à 1 km 500 d'eux. Eo se recipere coeperunt, ils se replient vers ce mont. Belle manœuvre de César: les Helvètes sont pris au piège comme dans une souricière.

Mais voilà que la fortune joue un tour à César: Capto monte, ce mont ayant été pris d'assaut (sous-entendu: par les Helvètes), les Romains les poursuivent en grimpant péniblement la pente. Ils sont en position défavorable.

Les Boïens et les Tulinges qui marchaient en arrière-garde arrivent alors sur le champ de bataille. Ils commencent à entourer les Romains en les attaquant sur leur flanc découvert par la marche. Voyant cela, les Helvètes qui s'étaient réfugiés sur le mont, reprennent le combat: belle manœuvre des Helvètes.

La troisième ligne de bataille romaine fait une conversion et s'oppose aux Boïens et aux Tulinges, tandis que la première et la deuxième lignes s'opposent aux Helvètes (p.70).

La bataille fait rage.

Sur ce champ de bataille de Sanvignes qui s'accorde parfaitement avec le texte des Commentaires et qui est dans la norme des grands champs de bataille antiques, à ce moment capital du déroulement des combats, on peut dire que les Romains étaient militairement vaincus. Volontairement ou non, les Helvètes ont attiré César dans les fonds. Ensuite, il leur était facile depuis le mont de Sanvignes de s'emparer de la colline très proche que les Romains avaient abandonnée.

Après les avoir encerclés sur trois fronts, les Helvètes attendaient très certainement la nuit pour donner l'assaut final. Comment les Romains pouvaient-ils maintenir leur supériorité en escrime dans l'obscurité? Je suis persuadé que, malgré leur valeur militaire, ils allaient être submergés par les vagues d'assaut helvètes.

César a compris qu'il lui fallait d'urgence déplacer le lieu du combat. Il n'a trouvé son salut que par un coup de génie (p. 72).

Ce coup de génie, c'était une action/coup de poing. Perdu pour perdu, renonçant à reprendre le mont de Sanvignes, il a ouvert une brèche au point de jonction des troupes boïennes et helvètes. Il a lancé sa deuxième ligne de bataille à l'assaut des femmes et des enfants qui se trouvaient en attente avec leurs chariots à Dornand, derrière la rivière de l'Oudrache.

En entendant les cris de leurs femmes et de leurs enfants que les Romains égorgeaient ou menaçaient d'égorger, que pouvaient faire les Helvètes qui tenaient le mont de Sanvignes? Une seule chose: arrêter le combat.

Dans ma conférence à la Société d'Histoire de Chalon-sur-Saône, le 30 janvier 1993, je me suis efforcé de montrer, non seulement l'absurdité tactique d'une grande bataille sur les reliefs tourmentés de Montmort, mais aussi que le texte des Commentaires interdisait de placer cette bataille à l'ouest de l'Arroux. Pour une migration de cette importance qui se déplaçait lentement, une étape de plus de 15 km est absurde. Un demi-tour en marchant d'un convoi de milliers de chariots sur les mauvais chemins de Montmort est plus absurde encore. Le texte des Commentaires est là; on ne peut pas le faire mentir. Ce texte rassemble un faisceau de preuves incontournables. Il confirme les affirmations de Strabon. César n'a pas obliqué vers le Mont-Beuvray, il a fait demi-tour. Quand il se dirigeait vers Bibracte, il tournait le dos au Mont-Beuvray.

Il y a plus d'un an que j'ai publié mes travaux. Aucun contradicteur ne s'est manifesté. Certes, aujourd'hui, on parle beaucoup moins du Mont-Beuvray qu'hier - ce qui est dommage - mais on fait comme si c'était toujours le site de Bibracte. Il faudra bien, un jour, mettre les cartes sur la table.

A l'issue de son heure de vérité du 19 décembre dernier, Otto de Habsbourg a écrit cette phrase sur le livre d'or de France II:

Celui qui ne sait pas d'où il vient, ne sait pas où il va, car il ne sait pas où il est.»
 

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