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d'après une peinture de Van Eyck ,
la Vierge au chancelier Rolin
(musée
du Louvre)
I . Du pont de bois
gaulois au pont de pierre du duc de Bourgogne.
Parce qu'il
n'y avait pas de pont sur la Saône avant l'arrivée de César, certains
l'expliquent, encore aujourd'hui, par une incompétence gauloise... grave erreur!
Pourquoi les Eduens auraient-ils construit un pont sur la Saône à cette époque,
eux qui ne pensaient qu'à s'étendre vers l'ouest et à se garder derrière le
fleuve, face aux Séquanes? Et puis, ce n'était pas dans l'intérêt financier de
la corporation des nautes qui assuraient le transport
par bateaux d'une rive à l'autre.
Mais au IIIème siècle, les
choses vont changer. La ville de Chalon est refondée, comme je l'ai expliqué
dans mes ouvrages, par l'empereur gaulois Posthumus .
L'artère de la nouvelle ville est exactement dans le prolongement du pont
ancien dont on a retrouvé sous l'eau les fondations. Il s'agit là, de toute évidence,
d'une implantation conçue et voulue dans un ensemble, même si le pont en
question a pu être construit plus tôt.
Incroyable retour de
raisonnement, ce serait donc au temps des empereurs usurpateurs gaulois,
injustement décriés, que Chalon-sur-Saône, ville importante du pays éduen et de la Gaule, aurait connu son plus brillant essor
de construction.
Bref, sans
vouloir minimiser le rôle des légions qui gardaient la frontière du Rhin, il
faut toutefois sérieusement revoir nos idées sur la présence des Romains en
Gaule. Je ne vois pas comment ils auraient pu prospérer autrement qu'en
s'installant dans des villes déjà existantes, sous forme de colonies, comme à
Lyon. Comme les autres habitants de la Gaule, les habitants de Chalon-sur-Saône
travaillaient, évoluaient, construisaient. Ce sont eux, et non les Romains, qui
ont assemblé les énormes pierres des piles avec de solides crampons de fer
scellés au plomb. Puis, un jour, ils ont remplacé le tablier de bois par des
arches voûtées en pierre.
D'après un
vieux manuscrit du Moyen-Age, le pont de bois était devenu si ruineux,
fendu, gasté et rompu qu'on n'osait plus y passer
et que l'on préférait prendre le bac. Courtépée , qui
généralement est bien informé, écrit que le pont s'était écroulé sous le duc
Jean.
En 1418 ou
1419, avant son assassinat au pont de Montereau, ce
duc de Bourgogne, Jean sans Peur, avait répondu favorablement aux magistrats de
la ville de Chalon qui souhaitaient faire et édiffier
sur la rivière de la Soone , à l'endroit de notre
dicte ville, au lieu où sont certaines pilles de pierre desjà
faites, un bon pont de pierre... et il ordonnait, dès cette date, le
financement de l'opération.
En 1423, un
autre document nous apprend que le pont était en construction.
En 1437,
Philippe le Bon fit barrer la rivière avec une chaîne de fer de 120 toises
de longueur et du poids de 2 091 livres afin que les bateaux ne puissent passer
sans être visités et n'emportassent pas les blés de son duché . Ceci
signifie qu'à cette date, le pont était terminé et que les bateaux étaient
canalisés dans un chenal comportant une porte à un ou deux vantaux que l'on
ouvrait et fermait pour les laisser passer après contrôle.
En 1508, la
porte, qui n'avait peut-être plus de raison d'être, a été supprimée, si l'on en
croit une inscription qui était gravée sur une pierre assise sur la cinquième
pile:
Quem cernis rigido constructum marmore pontem
Ante fatiscebat lignea congeries - 1508
inscription que
je traduis ainsi :
1508 - Ce
pont que tu vois construit en marbre solide (en pierre)
S'ouvrait
auparavant par un ouvrage constitué de quantité de pièces de bois assemblées -
C'est donc
bien entre 1423 et 1437, sous le règne de Philippe le Bon, que le pont
Saint-Laurent a été reconstruit sur les piles gauloises.
Or, Philippe
le Bon avait deux conseillers: le chancelier Nicolas Rolin et le peintre Van Eyck . Un grand financier et un peintre très célèbre dans
l'entourage d'un monarque? cela n'est ni gratuit, ni le fait du hasard. Cette
constatation m'amène à faire une première hypothèse, à savoir que le duc a
demandé à son chancelier et "ministre des finances" de réaliser le grand projet
de rénovation qu'il souhaitait pour Chalon, et une deuxième hypothèse, à savoir
que Nicolas Rolin a demandé à Van Eyck de peindre sur
un tableau le projet de rénovation qu'il voulait proposer aux magistrats
chalonnais... pour justifier les impositions qu'il leur demandait.
Ce tableau
existe. Il est au musée du Louvre. Il est considéré comme un des plus grands
chefs-d'œuvre de la peinture classique.
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