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Au sujet de "La sagesse des Modernes" Version imprimable E-mail
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Index de l'article
Première lecture
Deuxième lecture
Troisième lecture
Quatrième lecture

 de Luc Ferry et André Comte-Sponville

 

B - DEUXIÈME LECTURE

 

I. Le dialogue entre l'Église et les philosophes laïcs est-il souhaitable?

            A priori, il semble que l'Église - qui est dans le monde - soit beaucoup plus à même de comprendre sa religion et sa raison d'être que des philosophes venus de l'extérieur qui élaborent leurs théories dans la nébuleuse des universités. En outre, Jean-Paul II et ses collaborateurs ont pour eux des résultats concrets qui les authentifient, notamment dans les pays de l'Est, alors que la philosophie n'a réussi, jusqu'à maintenant, qu'à susciter des idéologies telles que le nazisme et le communisme. Et on voit bien aujourd'hui que le Pape avait raison, contre certains intellectuels, à vouloir calmer l'effervescence qui a failli emporter certains pays d'Amérique du Sud dans des guérillas sans issue et dans des dictatures de droite comme de gauche.
            C'est au contact de la réalité que les grandes utopies philosophico-politiques se défont.
            Platon fut un grand philosophe. Il n'empêche que lorsque le tyran de Syracuse l'appela auprès de lui dans le but d'instaurer une dictature éclairée, l'expérience ne dura même pas le temps que durent les roses. En effet, il n'y a pas de projet de société plus inhumain, quoique rationnel, que ce royaume de l'Atlantide qui préfigure déjà le meilleur des mondes d'Aldous Huxley (cf. Histoire de Gergovie de Jean, page 102).

            Le dialogue entre l'Église et les philosophes laïcs est-il souhaitable? Certainement, si l'objectif est le bien de l'humanité, certainement pas si les philosophes laïcs ont l'intention avouée ou non avouée de détruire le christianisme, avec toutes les conséquences que cela peut avoir, et de remplacer cette religion, telle qu'elle est encore dans sa culture, dans ses traditions et dans sa vie de tous les jours, par un succédané de religion (Luc Ferry) ou par un "pas de religion du tout" (André Comte-Sponville). La philosophie de "l'Homme-Dieu" de Luc Ferry sera-t-elle mieux acceptée que le culte de l'Être suprême de Robespierre et celle d'André Comte-Sponville sera-elle suffisamment humaine pour empêcher l'homme de sombrer dans le nihilisme? Bref, faut-il remercier la Providence d'avoir fait en sorte que le discours des philosophes soit à tout jamais obscur à l'esprit du commun des mortels et des masses populaires?

            Bien sûr, tout ce que je viens d'écrire dans ce paragraphe est outrancier. Il n'empêche que si l'objectif du dialogue est la recherche d'une meilleure approche de la vérité, il faut être clair. Il ne s'agit pas de s'engager dans un débat comme celui qui eut lieu jadis sur le sexe des anges. Il faut vérifier la fiabilité du sujet qui est à l'origine de la discussion - ou de la controverse - je veux parler de l'Ancien Testament et du Nouveau.
 

II. De la nécessité d'un retour aux sources de l'Histoire

            Rappel: André Comte-Sponville: «On ne philosophe pas à partir de rien. Il faut d'abord connaître pour philosopher ensuite...»
                         Jean-Paul II: «L'exigence primordiale et urgente qui s'impose est une analyse attentive des textes: en premier lieu, des textes scripturaires ...»
            Luc Ferry écrit par ailleurs (page 554): «Le savoir dont on a besoin pour philosopher est souvent minimal.» Mais il précise (page 522): «Il faut avoir l'humilité de penser d'abord par et avec les autres.» Voilà bien le problème! La fiabilité du raisonnement de nos deux philosophes, comme celle du Magistère de l'Église, dépend du sérieux avec lequel ils exploitent les travaux des historiens et exégètes, mais aussi de la fiabilité des travaux des historiens et exégètes eux-mêmes.

            Actuellement, parmi les exégèses proposées au public, on peut en retenir trois d'argumentées:
                - l'interprétation de l'Église que l'on trouve dans la Bible de Jérusalem, qui considère comme vrais et véritables les textes évangéliques jusque dans leur sens littéral
                - celle du prêtre catholique allemand Drewermann, qui ne retient l'interprétation littérale que pour une partie, donnant aux textes à problèmes une explication sociopsychanalytique;
                - celle des livres bleus de Jean , publiés, en ce qui concerne les deux derniers, en 1996, qui défend l'idée que les évangiles ne sont, ni plus ni moins, que l'histoire vraie et très précise - rédigée dans un langage codé - d'un essénisme en train de devenir le christianisme. Car, comme le dit saint Paul, si notre évangile est voilé, c'est pour qu'il ne soit pas compris des païens (2 Cor. 4, 3).

            Sachant que Luc Ferry se réfère souvent à Drewermann, dans le cas où ce dernier aurait raison, c'est le Magistère de l'Église qui sera en difficulté face au philosophe.
            Si l'interprétation actuelle de l'Église résiste à la critique historique, le Magistère sera conforté dans la ligne de Vatican II et des dernières encycliques.
            Mais si l'interprétation des livres bleus de Jean est reconnue comme étant la véritable, Luc Ferry devra réécrire son "Homme-Dieu" et le Magistère de l'Église renoncer à son infaillibilité et à ses dogmes, ce qui sera un véritable tremblement de terre. Quant à André Comte-Sponville, il pourra très bien maintenir son matérialisme non dogmatique.
            La conséquence la plus désastreuse de ce réexamen des sources historiques qui puisse arriver à nos sociétés serait que celles-ci se tournent vers les sectes de l'illusion ou vers un bouddhisme de la désillusion.

            Comme le dit très bien André Comte-Sponville (page 61), «Je suis mon histoire». Consolé autant qu'on puisse l'être par la philosophie de Luc Ferry, "Je veux bien mourir puisqu'il le faut, dit le soldat, mais en espérant que la pensée ne meure pas avec moi".
            André Comte-Sponville écrit (page 51): «La France..., c'est une histoire à continuer.»
 

III. De la nécessité de tenir compte des avancées de la connaissance scientifique

            Jean Guitton écrit en introduction à son ouvrage "Dieu et la science": «Bergson avait pressenti, plus que tout autre, les grands changements conceptuels induits par la théorie quantique... Peu à peu, nous commençons à comprendre que le réel est voilé, inaccessible, que nous en percevons à peine l'ombre portée, sous la forme provisoirement convaincante d'un mirage. Mais qu'y a-t-il donc sous le voile? Face à cette énigme, il n'existe que deux attitudes: l'une nous conduit vers l'absurde, l'autre vers le mystère: le choix ultime entre l'une ou l'autre est, au sens philosophique, la plus haute des décisions.
            Pourquoi y a-t-il de l'Être? Pour la première fois, des réponses émergent à l'horizon des savoirs.... Désormais, il existe non pas une preuve - Dieu n'est pas de l'ordre de la démonstration -, mais un point d'appui scientifique aux conceptions proposées par la religion.»
            Et Ilya Prigogine ajoute en conclusion de "La fin des certitudes": «Nous ne sommes qu'au début de ce nouveau chapitre de l'histoire de notre dialogue avec la nature.»

            Dans cette fin des certitudes, dans cet instant de bouleversement et de renversement des idées, que valent les vingt siècles de philosophie dont se prévalent Luc Ferry et André Comte-Sponville? Que valent les interrogations auxquelles leurs philosophes de référence ont essayé de répondre à côté de celles que les dernières avancées de la connaissance scientifique nous posent ou vont nous poser dans un avenir plus qu'immédiat? Face à l'extraordinaire pluie de savoirs qui nous tombent comme du ciel et qui nourrissent notre esprit, Luc Ferry et André Comte-Sponville n'auraient-ils donc qu'à nous proposer une réflexion sévère, avec au bout, un monde qui se suffit à lui-même et un bonheur individuel tranquille et bourgeois?

            Et voilà que nous nous mettons à regretter l'enthousiasme du père Teilhard de Chardin de nos vingt ans, dans cette période d'après guerre où l'on croyait encore que le monde avait un sens d'évolution et qu'il fallait porter jusqu'aux extrémités de la terre cette pensée civilisatrice que les héros éponymes de la Grèce et de la Palestine nous avaient, eux-mêmes, jadis apportée.
            Dans leur étude sur la recherche du sens, on peut regretter que nos deux philosophes n'aient pas consacré un chapitre particulier à la réflexion philosophique sur le mystère de l'évolution et sur ce qui en est le fruit: l'homme pensant...chef d'œuvre de la nature, formidable réussite du hasard, de la vie ou de l'évolution, mais aussi de l'histoire, de la culture... (page 153).
            Il est vrai que, de son côté, entre Jean Maritain et Jean Guitton, tous deux disciples de Bergson, le Vatican semble préférer le premier (art. 74) et que les théories de l'évolution, bien que récemment absoutes, sont toujours plus ou moins suspectées.
 

IV. De la Foi à la Loi en passant par la transcendance

            Après l'écroulement de ses dogmes, que restera-il à l'Église catholique face à la philosophie laïque? Que lui restera-t-il à proposer au monde sinon deux choses: un idéal d'humanité et une foi.
            Les Modernes mettent en avant les droits (la déclaration des droits de l'homme). Espérons qu'ils n'oublieront pas les devoirs - ni les commandements de Moïse ni la loi "divine" qui se trouvent dans les textes sacrés - (loi divine et textes sacrés compris dans le même sens que l'homme-Dieu et sacré de Luc Ferry).
            Aux grands prêtres qui lui demandaient de dire de quel pouvoir il faisait cela, Jésus répondit: «Le baptême de Jean était-il du ciel (du haut = de l'esprit) ou des hommes (du bas = de la matière)?» (évangile de Marc, 11, 30).
            On pourrait se poser la même question: «Les Commandements de Moïse défendus par l'Église et la déclaration des droits de l'homme défendue par les Modernes viennent-ils de l'esprit-esprit (Luc Ferry) ou de l'esprit-matière (André Comte-Sponville)?»
            Mais on peut aussi, tout simplement, inscrire les Commandements de Moïse et la Déclaration des droits de l'homme dans l'évolution normale d'un monde en marche vers un plus humain, conformément à la vision de Teilhard de Chardin.

            Et puisqu'il y a évolution, faut-il, de même, y inscrire l'humanisation de Dieu et la divinisation de l'humain telles que l'explique Luc Ferry, ce qui impliquerait la mort de Dieu en tant que Dieu sur sa "hauteur"? La question est trop importante pour que le critique ne s'y attarde pas un instant.
            En effet, cette idée de transcendance horizontale qui prévaudrait aujourd'hui sur la transcendance verticale selon Luc Ferry, est-elle vraiment fondée? Cet amour horizontal et transcendental dans le couple humain, n'est-il pas déjà dans Adam et Ève, dans les sculptures des tombeaux étrusques, dans le roman de Tristan et Yseult, et dans l'histoire d'Abélard et d'Héloïse? N'est-ce pas plutôt aujourd'hui que cette relation se détériore parce que - comme le pense l'Église - elle est mal comprise et mal vécue à cause d'une liberté qui est devenue licence?
            Sur l'autre axe, cette idée de transcendance verticale était-elle vraiment, chez nos Anciens, une idée aussi peu fondée qu'il faudrait aujourd'hui l'abandonner? Lorsque l'homme commence à enterrer ses morts, quand il place dans leur tombe des objets à emporter dans l'autre vie et enfin, quand il dresse des autels, n'est-ce pas là le document archéologique incontestable du moment singulier où il "s'arrache à la nature"? Cela ne signifie-il pas que l'homme est né "homme religieux"? La nature de l'homme ne serait-elle pas d'être "un animal religieux" suivant l'expression d'André Comte-Sponville (page 105)? N'est-il pas délicat, voire dangereux, de vouloir toucher à cette nature? Cette longue tradition de dévouement à la patrie, classée par Luc Ferry dans les transcendances verticales (page 235) n'était-elle pas, en réalité, sous le symbole du drapeau, une tradition de dévouement à la collectivité nationale? Transcendance, patriotisme, foi du soldat, ne serait-ce pas des mots différents pour désigner une même réalité? A noter qu'il est très exagéré de penser que nos pères sacrifiaient volontairement leur vie pour leurs idées. En réalité, ils ne faisaient que la risquer, ce qui n'est déjà pas mal, mais ni plus ni moins que les soldats qu'on envoie aujourd'hui se battre sous la bannière de l'O.N.U, ni plus ni moins que les policiers ou les gendarmes qui défendent notre démocratie et ses lois.

            La réserve qu'André Comte-Sponville manifeste à l'égard des commandements et de la loi qu'il qualifie de relative, sa préférence à s'inspirer de modèles (page 212), nous fait remonter à saint Paul qui exhortait ses ouailles à suivre le modèle Jésus au lieu de la loi injuste. Mais n'est-il pas dangereux pour une démocratie que les citoyens suivent des modèles au lieu de la loi? N'est-ce pas la force d'une nation que ses membres se mettent d'accord entre eux pour se donner des "Commandements"? Et c'est bien pour établir la loi et la faire respecter que l'urgence, aujourd'hui, est de réhabiliter la politique (André Comte-Sponville, page 462).
 

V - Le grand dessein

            Luc Ferry écrit (page 481): «Avec la fin des grandes utopies, c'est ainsi un désenchantement radical qui nous menace.»Une telle affirmation appelle quelques nuances. On ne peut pas dire que les chrétiens aient été désenchantés après la chute du nazisme et du communisme, étant donné qu'ils n'ont jamais été "enchantés" par ces idéologies "laïques" qui se situaient à l'opposé de leur religion.
            L'image d'une Europe d'après guerre, apparaissant à certains comme le continent du fascisme et de l'impérialisme colonial (Luc Ferry, page 475), n'est pas celle que j'ai dans ma mémoire. Contrairement à certains intellectuels qui ont soutenu les minorités et les idéologies totalitaires, notre pays n'a pas à rougir de tout ce qu'il a apporté de civilisation à ses anciennes colonies. Et il faudra bien un jour qu'on reconnaisse combien il est difficile de donner, dans de bonnes conditions, une autonomie ou une indépendance "démocratique" à des populations hétéroclites que noyaute la subversion.
            Enfin, si la vieille Europe se laisse aller parfois à la nostalgie ou au vague à l'âme, il n'en est pas de même partout. En Californie, on s'engage avec enthousiasme sur le front de l'évolution. Voilà ce que déclarait, le 28 mai 1998, dans une interview accordée à Europe I, le chef du projet "Navigator" de la société Netscape: « ... l'idée que je peux avoir une influence pareille sur internet et sur le monde, c'est quelque chose qui me rend un peu ivre chaque soir...»
            Tout cela pour dire que, pour la pensée de tradition judéo-chrétienne, il n'y a pas de "rebroussements". La flèche de l'évolution n'a pas dévié de sa trajectoire. Le chrétien a toujours pour objectif ce que Luc Ferry et André Comte-Sponville réaffirment, très justement, dans leur avant-propos: «Comment vivre? C'est la question principale, puisqu'elle contient toutes les autres. Comment vivre d'une façon plus heureuse, plus sensée, plus libre?... Pour transformer le monde? Pour se transformer soi? L'un et l'autre. L'un par l'autre. L'action est le chemin. Mais qui ne vaut que par la pensée qui l'éclaire.»

            Et voilà qu'on en revient à se poser toujours la même question: «Sur le chemin, qu'est-ce qui doit éclairer la pensée?»

            Est-ce l'Amour (avec un grand A jusqu'à en faire un culte de l'Amour) ou est-ce l'Intelligence?... et, pour commencer, l'intelligence et la volonté de comprendre, en vérité, notre histoire depuis sa source? Il s'agit bien là, pour les Modernes que nous sommes tous, de la question préalable à toute autre: "Quitter l'enfance de l'humanité" (Luc Ferry, page 529).



 

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