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Il y a un village
au Crest. Des fortifications dont l'origine se perdent dans la nuit des
souvenirs, mais dont l'appareillage de pierre et de chaux est de ceux qu'on
connaissait déjà dans le monde antique. Reprenant les courbes de niveau, le
militaire retrouve la fomme ovale de l'"oppidum" tel que le
concevaient les stratèges de l'époque. Et les trois lignes concentriques de
remparts dont un dessin du XVlème siècle attestait la permanence.
Le récit que César donne de la
bataille "colle" beaucoup mieux au site du Crest qu'à celui de
Merdogne. Mais il y a aussi d'autres hypothèses, comme celle de M. Eychart, qui
situe Gergovie au nord de Clermont. Le conservateur responsable de
l'archéologie dans la région Auvergne, M. Bourgeau, opte pour la prudence:
"Nous avons un certain nombre d'analyses qui donnent des arguments en
faveur de divers sites. Ce sont des hypothèses. 2 000 ans après, il ne reste
plus beaucoup de traces..." Ces traces, le lieutenant-colonel Mourey
souhaite qu'on les recherche: "Je ne suis pas archéologue. Je fais
confiance aux spécialistes."
En revanche, il ne laisse à
personne le soin de réhabiliter Gergovie et à travers elle, la civilisation
gauloise. La capitale des Arvernes n'avait rien de cet agglomérat confus de
masures dont les occupants romains voulu nous laisser l'image à la postérité. Pour
eux, il s'agissait de légitimer la conquête.
Imaginez qu'on nous apprenne
l'histoire de Napoléon et de l'Empire exclusivement à travers les textes des
généraux et des historiens anglais... C'est un peu ce qui se passe avec
l'histoire gauloise. Sauf que le mépris que les Britanniques ne peuvent
s'empêcher de ressentir pour les mangeurs de grenouilles que nous sommes serait
sans doute peu de choses à côté de celui des Romains pour ces barbares
qu'auraient été nos ancêtres les Gaulois : des sauvages incultes vivant dans
des huttes en terre, des grandes g... ignorant l'écriture, des arriérés
ramassant les glands sous les chênes, des brutes primaires se ruant au combat
dans le plus simple appareil et se débandant au moindre revers.
Photo (R. Mouillaud):
Gergovie au Crest d'après
Emile Mourey
Il n'y a pas si longtemps que nos
archéologues, reniant les humanités classiques qui leur avaient pendant des
siècles fait voir le monde antique par les seuls yeux des Romains, se sont
attachés à mieux connaître les Gaulois. Ce qu'ils ont trouvé nuance très sérieusement
l'image rudimentaire que nous gardions de nos aïeux.
M. Mourey va plus loin en
cherchant dans la capitale des Arvernes la cité phénicienne influencée par la
pensée grecque, dont le rayonnement s'étendait à la Gaule entière. Qui
possédait une écriture et une mystique dont les traces ont survécu dans la
pensée médiévale. Sa thèse, étayée par une lecture serrée des sources
littéraires et une analyse brillante de la symbolique, de l'architecture, de
l'art et de l'urbanisme, mérite mieux que le silence qui lui a jusqu'ici, été
réservé. Le souvenir de nos ancêtres mérite bien quelques fouilles. Même si le
ciel tombait sur quelques têtes érudites et sur quelques investissements aussi
prestigieux que déplacés... de quelques kilomètres.
J.PH.MESTRE
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