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Critique de l'interview de M. Vincent Guichard Version imprimable E-mail
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A M. Vincent Guichard, Directeur des fouilles archéologiques au mont Beuvray

 Monsieur,

 

Votre interview diffusée sur France Culture, ce 7 septembre 1998, dans l'émission "Mémoires d'homme" du Ministère de la Culture, appelle de ma part quelques remarques.

1. Vous dites que l'inscription "à la déesse Bibracte" retrouvée à Autun est probablement un faux du XVIIème siècle. En quoi ce document vous gêne-t-il? Cette inscription présenterait-elle des anomalies archéologiques? (cf. mon Épée flamboyante, page 25).

2. Vous invoquez le sérieux du travail de Bulliot et l'autorité de Joseph Déchelette qui fit de votre "Bibracte" un site de référence à l'échelle européenne pour la civilisation des oppida. Voilà bien le drame! En effet, lorsque Déchelette découvrit sur le mont Beuvray des poteries semblables à celles de l'oppidum de Stradonice, en Bohême (cf. son manuel d'archéologie), il aurait dû aussitôt penser à Gorgobina, oppidum où César installa les Boïens après la victoire qu'il remporta sur eux et sur les Helvètes. Et il aurait très probablement compris, ensuite, qu'il fallait chercher Bibracte, ailleurs...

3. Vous reconnaissez que la définition de l'oppidum est totalement conventionnelle, qu'elle est le fait des archéologues du XIXème, et vous regrettez la glose de vos collègues à ce sujet. Tout cela est, en effet, insensé. Il semble qu'aucun d'entre vous ne connaisse la définition qu'ont donnée Vitruve, Varron et Servius, ni la description de Cicéron (cf. mon Histoire de Gergovie, page 58).

Vous dites que le terme est utilisé par César pour décrire les capitales, les grandes agglomérations gauloises. Ce n'est pas vraiment exact. César appelle "oppidum" la fortification aux hautes murailles à l'intérieur ou au pied de laquelle la ville (urbs) s'est développée (cf. mon Histoire de Gergovie, page 57). Il est vrai que, parfois, il étend le mot oppidum au mouvement de terrain sur lequel se dresse la fortification, mais certainement pas à l'agglomération.

Vous pensez régler ce problème de définition en rapprochant le texte de César de votre "réalité archéologique". Vous avez raison sur le principe, mais vous vous égarez dans vos rapprochements. César décrit ainsi Bibracte: Oppido Haeduorum longe maximo et copiosissimo... l'oppidum des Héduens, (longe) de beaucoup (maximo) le plus important et (copiosissimo) le plus riche.» Dans l'esprit de César, le superlatif de l'adjectif magnus est, évidemment, en rapport avec la hauteur des fortifications - 23 mètres, à Bourges, depuis le fond des fossés - et non avec la surface de l'oppidum. Il est déraisonnable de penser que sa description puisse s'appliquer à un mont Beuvray dont les murailles d'enceinte ne faisaient que quelques mètres de hauteur. Et je pourrais également évoquer l'adjectif au superlatif "copiosissimo" comparé à l'environnement "pauperrissimo" de votre site. En revanche, il est tout à fait logique d'appliquer cette description à l'importante place forte du Mont-Saint-Vincent, surtout quand on sait que cette place forte fut une sorte de capitale pour la Bourgogne du Sud aux temps féodaux.

Conséquence de votre grave erreur, vous avez établi un classement tout à fait arbitraire des oppida en fonction de l'importance de la superficie de ce que j'appelle leur enclos, et ceci vous amène à privilégier ce que je ne considère que comme de simples oppidum-camps (cf. mon Bouclier éduen , page 109) et à ignorer plus ou moins les oppidum-refuges de nos anciennes capitales.

4. A partir de la description que César donne des murailles de Bourges construites avec "poutrage" de bois, vous en faites une règle pour toute la Gaule, ce qui vous conduit tout naturellement, vous et vos collègues, à éliminer du patrimoine gaulois toutes les fortifications qui ne répondent pas à ce critère. Je m'insurge. Je vous affirme que les murailles de l'oppidum de Gergovie (cf. mon Histoire de Gergovie ) ont été construites sans armature de bois, en pierres cimentées au mortier de chaux, et que, loin d'être unique, c'est le cas le plus fréquent.

Votre reconstitution de la porte du Rebout, en tant que "murus gallicus", est discutable. Dans sa description des murailles de Bourges - puisque c'est votre référence - César n'a jamais écrit que les pierres étaient encastrées comme Constans l'a traduit, mais que le parement (fronte) était constitué de grosses pierres (saxis et non saxulis qui signifie "petites pierres"), alignées (conlocatis) et cimentées entre elles (coagmentis) (cf. mon Bouclier éduen , page 305).

5. En ce qui concerne les débuts de l'urbanisation de la Gaule, vous reconnaissez que vous ne comprenez pas du tout l'arrière-plan historique de ce phénomène en raison du manque de documentation antérieure à la conquête. Je suis surpris. Le Grec Strabon, à la fois historien et géographe, nous a décrit la Gaule et l'Espagne d'une façon extraordinaire. Quand il y a eu influence romaine, en particulier dans les mœurs, il le dit. En fait, il nous parle surtout des populations autochtones, des Phéniciens, des colonies fondées par Massalia, des gros villages qui deviennent de petites villes (III, 4, 15). Pourquoi ne mentionne-t-il pas les grandes villes, telles Autun, dont vous attribuez si généreusement la fondation à l'empereur Auguste? La réponse est facile: parce que la fondation d'Autun, en tant que ville entourée de remparts, ne date que de l'époque de l'empereur Constantin (cf. mon Épée flamboyante ).

6. Prisonnier de votre système "oppidum de grande superficie -> urbanisation", vous croyez pouvoir expliquer le début gaulois et européen de ladite urbanisation en partant de l'oppidum du mont Beuvray et de ces autres oppidum de grande superficie dont l'Europe moyenne se serait couverte dans la deuxième moitié du IIème siècle avant J.C. Vous faites erreur. Ces oppidum de grande superficie correspondent, à mon avis, à mes oppidum-camps, et s'expliquent dans le cadre d'une opération de conquête menée en direction du Centre Europe par des armées gauloises. Les textes sont clairs, les vestiges archéologiques témoignent (cf. mon Histoire de Gergovie , chapitre 20). Je n'ai d'ailleurs pas d'objection à formuler sur le fait que ces oppidum-camps aient pu devenir, dans le pays conquis, des capitales régionales. En revanche, en ce qui concerne le mont Beuvray, l'affaire n'est pas aussi simple que vous le dites (cf. mes ouvrages).

7. Vous avez raison de penser que le site du mont Beuvray était, géographiquement, un lieu très fort et très présent. C'est bien pour cela que j'y vois une base stratégique où se sont succédé les Arvernes, les Germains d'Arioviste et les Boïens. C'est bien pour cette raison que j'y place l'olympe des premiers colons venus du monde grec (cf. mon Épée flamboyante , page 378). Quant à y voir la capitale des Eduens, non, ce n'est pas possible. C'est tout à fait contraire à ce qu'on trouve dans les autres cités de la Gaule. Gergovie domine la plaine fertile de la Limagne, Besançon se trouve dans une boucle du Doubs, etc... etc...

8. Vous vous interrogez: Les murailles du mont Beuvray étaient-elles symboliques ou uniquement défensives?» Je vous réponds: Les deux en ce qui concerne la fortification que j'appelle "oppidum-fort ou refuge" et que l'avocat Garenne, premier fouilleur du site avant Bulliot, appelle "la citadelle"». Cette fortification était en forme d'œuf ouvert vers le ciel. Cela a échappé à Bulliot. Croyant qu'il s'agissait d'un camp romain, il a probablement laissé les paysans enlever les grosses pierres jusqu'aux fondations, et après que M. Christian Goudineau ait déclaré que le livre de Garenne était nul, on a tout simplement oublié cette très importante découverte.

9. Vous imaginez un afflux absolument monstrueux de vin originaire d'Italie à partir des très nombreux débris d'amphores mises à jour sur le site. A la question: Pourquoi tant d'amphores à cet endroit?», vous répondez: Parce que, probablement, on y faisait une consommation absolument déraisonnable de ce breuvage comme d'ailleurs dans tous les grands oppida du Centre-est de la Gaule.» Vous insistez sur votre "Bibracte/mont Beuvray" dont vous dites que c'était un centre de consommation tout à fait important. Votre raisonnement est discutable. Vous savez très bien que les amphores étaient les containers de l'époque au moyen desquels on ravitaillait les troupes au cantonnement ou les populations regroupées, en boisson certes, mais aussi en huile et en grains, ce qui va beaucoup plus dans le sens de mes thèses que dans le sens des vôtres. Est-ce vraiment raisonnable d'imaginer une aristocratie gauloise autant "alcoolisée"? Certes, il y a quelques témoignages d'auteurs anciens, mais il ne faut pas en rajouter. Permettez-moi de vous poser une question: Si les Gaulois du mont Beuvray recevaient autant de vin que vous le dites, cela signifie qu'ils avaient, dans leurs caves, des tonneaux pour le stocker. Combien avez-vous trouvé de cercles de tonneaux dans vos fouilles?»

10. Vous nous resservez ce plat sans cesse réchauffé qui ne repose sur aucune preuve, à savoir que les habitants de votre "Bibracte" auraient abandonné leur vieille capitale pour venir s'installer dans une nouvelle ville d'Autun soi-disant fondée par l'empereur Auguste. Vous imaginez un passage rapide d'un type d'urbanisation à la gauloise en voie de romanisation, tel que vous le définissez d'après vos fouilles sur le Beuvray, à un type d'urbanisation à la romaine, plus géométrique, tel que vous le voyez à Autun. Je m'insurge, une fois de plus. Pensez-vous vraiment qu'on puisse expliquer la naissance de nos vieilles cités moyenâgeuses à partir de ce schéma? Pour toute personne de bon sens, le modèle du Mont-Saint-Vincent, avec ses ruelles étroites et ses maisons rustiques, est beaucoup plus réaliste.
 
 

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