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Avant
l'arrivée de César, la Gaule était un ensemble de cités indépendantes, certes,
mais cherchant toutefois à se fédérer. L'existence d'une confédération éduenne
et d'une confédération arverno-séquane s'inscrit dans un processus d'évolution
qui se poursuivra jusqu'à l'union des peuples gaulois sous l'autorité de
Vercingétorix. C'est dans cet esprit qu'il faut lire le texte des Commentaires,
en s'en tenant aux faits. En relisant attentivement la traduction de Constans,
on se rend compte en effet que, non seulement celui-ci exagère dans le sens
péjoratif les propos que César porte sur la société gauloise, mais qu'il les
rend confus, alors que, paradoxalement, le général romain cherchait à être
clair et précis. Or, si on procède aux corrections qui s'imposent, on se rendra
compte avec étonnement que la société gauloise était beaucoup mieux organisée
qu'on ne pense.
La cité (civitas), c'était, certes, un territoire
mais c'était surtout l'ensemble des citoyens. Quant à la population
(populatio), c'était les citoyens (cives) et les non-citoyens (servi). L'urbs,
c'est la ville. L'oppidum, c'est la fortification-refuge, mais aussi,
quelquefois, l'ensemble de la position défensive. L'ager, c'est la
campagne. Mons doit se traduire par montagne ou mont, collis par pente, anima
par courage et virtus par valeur militaire.
Il existait, en Gaule, deux catégories de population: une
population plébéenne (plebs) de laboureurs dans la campagne et de
personnels de maison ou petits artisans en ville, et une population noble (nobilitas)
dont les enfants s'orientaient soit dans la voie des armes (equitatum), soit
dans celle de la religion (druidum), en fonction probablement de leurs goûts et
de leurs aptitudes. La population plébéenne pouvait se choisir des protecteurs
nobles. Quant à la noblesse, elle avait ses premiers (princeps). On
peut raisonnablement supposer que ces protecteurs et premiers siégeaient au
sénat de la cité.
En temps normal, c'est le sénat qui avait le pouvoir
suprême (senatus). Là aussi, on peut supposer que c'est celui-ci qui désignait
les magistrats (magistratus), lesquels géraient les affaires intérieures de la
cité (res publica), au sein d'une administration (magistratus) qui descendait
jusqu'au niveau local. A la tête de cette administration se trouvait un
magistrat suprême (summus magistratus) qui, dans certaines cités, portait
le titre de Vergobret. Il était élu par le sénat et prêtait probablement
serment devant les prêtres (sacerdos). La politique extérieure, l'ordre moral
et la justice étaient assurés par un haut clergé, les druides, à tous
les échelons de la société, y compris à l'échelon de la Gaule (principatus
Galliae totius); avec quelques nuances, nos Mazarin et Richelieu en sont les
lointains successeurs.
En période de tension ou de guerre, lorsque la nécessité d'un
pouvoir fort et unique se faisait sentir au sein de la cité, on voit apparaître
un roi à l'image des anciens rois de Rome (rex), ou un commandant en chef des
armées (rix ou imperator) dont l'autorité pouvait être plus ou moins absolue ou
limitée. Ces personnages étaient issus de la noblesse, des familles les plus
illustres et, la plupart du temps, des familles régnantes où la transmission du
pouvoir par voie héréditaire semble de règle.
Cette société gauloise était une société organisée, avec ses
traditions, ses règles et ses lois, qui fonctionnait sur la base de conseils, à
l'échelon de la ville (concilium publicum), de la cité (senatus),
de la Gaule (concilium Galliae), et même en temps de guerre (concilium
bellum). Ces conseils (concilium) tenaient conseil (consilium).
La traduction de Constans est souvent fautive. A cause de
l'ampleur de la tâche et d'un parti pris littéraire, il n'a pas senti la
nécessité de serrer, au plus près, le sens des mots, et même, dans des phrases
importantes, il commet des contre-sens qui ont de graves conséquences sur le
plan archéologique et historique. Ainsi, par exemple :
Haec eadem ratio est in summa totius Galliae ne doit
pas se traduire: le même système (de factions rivales) régit la Gaule
considérée dans son ensemble mais ce système (d'associations dans lesquelles se
regroupe, en particulier, le menu peuple) est au sommet de la Gaule toute
entière. Et cela signifie que les druides et les chevaliers n'occupaient que la
seconde place, ce qui change tout (VI, 11).
Trabes derectae perpetuae in longitudinem paribus
intervallis distantes inter se binos pedes in solo conlocatur doit se
traduire : on place sur le sol de grandes poutres droites mises bout à bout
dans la longueur. Entre (deux lignes de) poutres, il y a des intervalles égaux
de deux pieds, ce qui correspond à une épaisseur de mur de 60 cm augmentée de
la largeur de deux poutres, soit environ 1m20. Ensuite, la traduction peut se
résumer ainsi: après avoir relié, l'une à l'autre, les deux lignes de poutres à
l'intérieur du mur, on bourre, entre elles, du tout venant et en façade, on
dresse un parement de grosses pierres que l'on cimente. Puis, on élève un
deuxième rang semblable, et ainsi de suite (VII, 23). Telle est la vraie
description que donne César des murus gallicus. Cela ne correspond en
rien à la reconstitution de la porte du Rebout que les archéologues ont tenté
de faire au mont Beuvray.
Fit...ex castris Gallorum fuga doit se traduire elle se
fit, la fuite des Gaulois, hors des camps romains mentionnés par César
dans un paragraphe précédent et non hors des camps gaulois, ce qui rend
absurde le déroulement de la bataille d'Alésia, telle qu'on l'explique encore
aujourd'hui (VII, 88).
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