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Quant à Vercingétorix, d'où
venait-il? Tous les commentateurs s'accordent pour dire qu'il venait de
Bibracte. Et on nous affirme que la concentration de toutes les forces vives de
la Gaule - des milliers de fantassins, une foule immense de cavaliers - s'est
faite au mont Beuvray, sur ce mont pelé et désert où le silence n'est troublé que
par le bruit métallique des petites cuillères qui fouillent le sol, véritable
tonneau des Danaïdes de l'archéologie française!
Allons donc! Soyons sérieux!
Vercingétorix n'a pas appelé tous les cavaliers de
la Gaule du Nord à le rejoindre, que ce soit à Bibracte ou au mont Beuvray,
pour ensuite les faire remonter jusqu'à Noyers (350 kmenviron de marche pour
rien).
La réponse se trouve dans les Commentaires.
Il y est dit que Vercingétorix vint s'établir (à Noyers) en trois camps (in
trinis castris). Suivant la thèse officielle, il s'agirait des camps de la nuit
qui a précédé l'attaque. Il s'agit, là encore, d'une grave erreur de
traduction. Il faut comprendre que Vercingétorix est venu (à Noyers) en
trois étapes, chaque fin d'étape étant suivi par l'établissement d'un camp,
d'où l'expression couramment employée par César "in trinis castris".
Trois étapes, c'est trois journées de marche. Si
l'on compte au maximum 20 km par jour, cela fait 60 kilomètres. Traçons un
cercle de 60 km autour de Noyers. A l'intérieur de ce cercle, il y a ...
l'oppidum d'Alise-Sainte-Reine.
Incroyable mais vrai! Ce lieu, mythique entre
tous, où Vercingétorix a rassemblé toute la cavalerie de la Gaule autour des 80
000 fantassins arvernes et éduens qui avaient vaincu César à Gergovie, c'était
déjà Alésia. L'euphorie de la victoire, les grandes embrassades entre cités
enfin réconciliées, les grands discours patriotiques au nom de la Gaule, les
effets de toge, le bruissement des armes, tout cela, c'est Alésia qui en a été
le théâtre . Alésia en territoire lingon!
En fait, il n'y a là que du très normal. On ne
tend pas une embuscade ou une série d'embuscades sans s'être assuré d'une base
de repli. On ne se lance pas dans ce type d'opérations sans s'être assuré que
tout le monde connaît le point de regroupement et l'itinéraire de repli pour
s'y rendre. Vercingétorix était maître d'Alésia déjà avant la bataille de
Noyers. Il avait même pris soin d'y stocker pour trente jours de réserve de
blé!!!
Lorsque Vercingétorix est informé par ses amis,
ses agents de renseignement, ou tout simplement par la rumeur, que le départ de
César d'Auxerre est imminent, il prend la décision tout à fait logique de lui
barrer le Serein à Noyers. Les Commentaires disent qu'il prit position
(consedit) à 14km800 des Romains, et en effet Noyers se trouve bien à 14 km 800
de Lichères-près-Aigremont.
Vercingétorix convoqua les
chefs de la cavalerie et leur dit : «Les Romains abandonnent la Gaule; ils
fuient vers la Province; nous recouvrons enfin la liberté. Mais si nous les
laissons aller, ils reviendront avec des forces encore plus nombreuses et la
guerre ne finira jamais.
Il faut attaquer ceux qui convoient les
bagages. Si les fantassins se portent à leur secours, ils perdront du temps et
nous aurons ainsi stoppé leur progression. Si, ce qui est probable, ils font
passer leur vie avant la défense de leurs affaires, ils perdront non seulement
l'honneur, mais aussi ce qu'il faut pour vivre. Quant aux cavaliers ennemis, il
n'y en aura aucun qui osera s'éloigner de la colonne. Et pour vous donner
encore plus de courage, je me porterai avec les troupes à pied en avant des
fortifications pour intimider l'adversaire.»
Les cavaliers acclament Vercingétorix. Ils
se lient par le serment le plus sacré. Ils jurent qu'ils ne coucheront pas sous
un toit, qu'ils ne rejoindront ni enfants, ni parents, ni épouse, s'ils ne
franchissent pas, par deux fois, la colonne des ennemis.
Le projet est approuvé. Tous prêtent
serment. Le lendemain, la cavalerie est divisée en trois corps. L'un fait
mouvement pour barrer le chemin aux unités qui marchent en tête. Les deux
autres apparaissent en formation de combat des deux côtés à la fois.
Embuscade tout à fait classique. Le champ de
bataille de Noyers se prête bien mieux à une embuscade de cavalerie que celui
de Fains-les-Moutiers. C'est un terrain vallonné avec despetites vallées
encaissées défavorables certes, mais avec quelques plateaux, en prés ou en
landes, assez bien orientés, qui permettaient aux corps de cavalerie gaulois
d'attaquer la colonne romaine dans de bonnes conditions sur une distance allant
jusqu'à sept kilomètres de Noyers.
Vercingétorix n'était pas naïf au point de croire
qu'il allait remporter une véritable victoire. En fait, il voulait "user" et
déconsidérer son adversaire tout au long de sa retraite, par des coups d'arrêt
successifs dont Noyers aurait été le premier. Conscient de la supériorité des
légions dans le combat des troupes à pied, il a prudemment déployé son infanterie
derrière le Serein, devant les remparts de la ville gauloise de Noyers perchée
sur sa hauteur. Persuadé en revanche de la supériorité de sa cavalerie, mais
toutefois prudent, il ne lui a donné comme mission que de s'en prendre aux
chariots de bagages et de se replier avant que les Romains ne se ressaisissent.
On rend compte à César. Il
ordonne qu'on envoie contre l'ennemi la cavalerie, divisée également en trois
éléments. Le combat s'étend partout. La colonne se met en position de défense. Les
bagages sont ramenés en arrière à l'intérieur des légions. César ordonne:
«Quand les cavaliers sont en difficulté ou en danger, qu'on avance les enseignes
et qu'on envoie les légions en formation de combat pour les soutenir!» On
gagnait ainsi du temps, on ralentissait la progression de l'ennemi et on
redonnait du courage aux nôtres.
Bien étrange, ce
calme de César qui, divinement, ordonne comme un grand seigneur, tout en
contrôlant royalement la situation. Bien étranges, ces chariots de bagages qui
contrairement à l'habitude, semblent marcher plutôt en tête, derrière seulement
une, deux, ou trois légions peut-être, et qu'on ramène en arrière (recipiuntur)
comme si cela avait été prévu au départ. Bien étrange, ce déploiement rapide de
la cavalerie romaine en trois corps. Qu'espère donc César? Pourquoi n'essaie-il
pas de briser l'encerclement avec ses légions pour sortir de la nasse dans
laquelle il s'est imprudemment engagé... imprudemment? pas sûr!
Les cavaliers
germains arrivent soudain sur le champ de bataille. Ils ont surgi de la droite
(ab dextro latere). Surprenant les Gaulois qui s'y trouvaient, ils les délogent
de la position dominante, les poussent à fuir jusqu'au fleuve où Vercingétorix
s'est établi avec ses troupes à pied. Les autres, voyant cela, craignant d'être
enveloppés, se mettent à fuir. Partout on les massacre. Trois Héduens, de la
plus haute noblesse, sont fait prisonniers et conduits à César, dont Cotos,
chef de la cavalerie...
Voilà comment
Vercingétorix a perdu sa grande bataille de cavalerie. César est tombé "d'assez
bonne grâce", semble-t-il, dans le piège gaulois; s'y attendait-il ? Il
a ensuite (tandem) refermé son piège à lui sur les Gaulois qui, eux, ne s'y
attendaient pas. Là était son génie.
Hypothèse
possible: les bagages étaient l'appât, les Gaulois le gibier, les Germains la
massue.
Toutes
ces manoeuvres se lisent sur le champ de bataille de Noyers: les itinéraires
probables de mise en place des trois corps de cavalerie gaulois, les lignes du
terrain favorables au déploiement d'unités à cheval, leurs éventuelles
directions d'attaque, le débordement de la cavalerie germaine par la droite,
son déferlement sur la hauteur dominante où se trouvait le poste de
commandement de la cavalerie gauloise, la menace d'encerclement, la position
bien en vue de l'infanterie gauloise devant les remparts de Noyers.
C'est une grave
erreur de la part de la thèse officielle de penser que la colonne romaine
marchait sous la protection de la cavalerie germaine, c'est une image indigne
de César. La colonne marchait sous la seule protection de la cavalerie romaine.
C'est, d'autre part, contraire au texte latin qui dit que les Germains venaient
de la droite. Ab est une préposition qui indique une origine. Enfin, cela rend
complètement incompréhensible et absurde le déroulement de la bataille.
A
Fains-les-Moutiers, il n'y a rien qui concorde. Et on se pose des questions sur
le sérieux des thèses officielles qui nous proposent de traduire le "jugum" de
César par "joug de bœuf " alors qu'il s'agit d'un mot courant du vocabulaire
militaire pour désigner un sommet ou une crête.
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