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Vercingétorix face à César : la bataille de cavalerie Version imprimable E-mail
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Index de l'article
Une thèse contestable
Vercingétorix ne venait pas de Bibracte
Un choc de titans dans un terrain valloné

Un choc de titans dans un terrain vallonné

Les forces en présence sont les suivantes :

  • cavalerie germaine : effectif inconnu
  • cavalerie romaine : effectif inconnu
  • légionnaires romains : 40 000 (estimation)
  • cavalerie gauloise : 15 000 (chiffres donnés par César, sujets à caution)
  • infanterie gauloise : d'après les Commentaires, ils étaient 80 000 à s'être retranchés dans Alésia, chiffres sujets à caution. Combien Vercingétorix en avait-il emmené avec lui à Noyers, combien en avait-il laissé en base arrière, nous ne le savons pas.

La longueur de la colonne romaine dépend du nombre d'hommes pouvant marcher de front, c'est-à-dire du dégagement plus ou moins important des abords du chemin. 

Le terrain présente de nombreuses petites vallées souvent parallèles, encaissées et boisées. Les zones favorables sont les plateaux plus ou moins plats de chaumes et de prés - notamment les plus larges - qui permettent à une cavalerie de "débouler" sur le chemin dans de bonnes conditions, ainsi que certaines pentes descendantes.

à droite du chemin, c'est le col du Haut des Bois, entre les cotes 270,4 et 275, bons postes d'observation;

à gauche, c'est le plateau qui longe la vallée de Vaucharme, puis celle de Perrigny;

en bas, ce sont les deux mamelons qui dominent la vallée des Vaux bruns, à la cote 289, point haut remarquable, et à la cote 236.

Venant d'Auxerre, le chemin monte jusqu'à la cote 267, à hauteur du massif de la Trameuse, puis redescend en direction de Noyers. Il était probablement dégagé d'arbres sur une distance de 100 mètres au moins de chaque côté pour des raisons de sécurité.

La vallée de Vaucharme a offert à la cavalerie germaine le trajet idéal pour un encerclement du dispositif gaulois par la gauche ou, pour être plus précis, par la droite si l'on se place du côté de César.

A noter la position de Noyers sur sa hauteur, remarquable point d'observation.

Mais quelle était donc l'intention de Vercingétorix ?

L'intention de Vercingétorix, logiquement, a probablement été la suivante :

1. arrêter la tête de la colonne romaine avant qu'elle n'arrive au Serein, sur une pente descendante défavorable, en espérant que cet arrêt prématuré entraînera le resserrement de la colonne, y compris de la colonne de bagages. L'embuscade s'étendant sur sept kilomètres, il y a toutes les chances pour que les bagages soient dans la nasse.

2. déclencher l'embuscade sur les chariots de bagages avant que les légions de tête ne se mettent en ordre de bataille pour forcer le passage.

3. Les trois corps de cavalerie rejoindront des zones d'attente durant la nuit. Les commandants des deux corps, gauche et droit, seront à leurs postes d'observation et de commandement et devront être en mesure de localiser rapidement la position des chariots de bagages de façon à déployer leur cavalerie au bon moment sur le bon axe d'attaque.

C'est le corps de cavalerie du bas qui aura la mission d'arrêter la tête de colonne et de retarder le déploiement des légions de tête.

Aussitôt l'embuscade déclenchée, toute l'infanterie viendra se mettre en position devant les remparts de Noyers pour empêcher les légions de franchir le Serein et pour ajouter à leur confusion.

L'objectif, c'était la colonne de bagages

Le latin dispose de deux mots pour désigner les bagages. Il y a les "sarcinae"une sorte de baluchon, plus ou moins lourd et encombrant, dont le légionnaire ne se sépare qu'avant le combat (habits de rechange, couverture, biscuits de survie). Et il y a les "impedimenta", tout le matériel collectif nécessaire à une armée pour la vie en campagne, qui est transporté dans des chariots à traction animale... sans oublier le butin. Pour ne pas gêner la manœuvre des légions dans les combats de rencontre, les chariots de bagages sont toujours regroupés dans une colonne à part. Sa sécurité est assurée par des légions qui marchent devant et derrière. Prête à intervenir en soutien, la légion qui suit détache probablement des éléments en flanc garde. On peut raisonnablement supposer que la cavalerie romaine "éclaire" largement en avant et sur les côtés tout en restant en liaison à vue avec la colonne. Quant à la cavalerie germaine, moins manœuvrière, utilisée en masse compacte (VII, 13, 80), elle marche probablement en serre-file, prête à déborder pour prendre à revers et faire sauter une résistance ou une embuscade ennemie. Si la colonne est attaquée, l'armée ne se contente pas de faire halte, comme on le lit dans les traductions courantes, elle prend position (consistit), c'est-à-dire que les unités occupent le terrain et prennent la formation de combat (V, 33, VII, 67)

En opération, suivant la durée de l'intervention et les conditions climatiques, on peut laisser tous les chariots dans une base arrière (I, 24) ou bien, on n'emporte qu'un train léger d'équipages (VII, 55, VIII, 8). En marche d'approche, et si le terrain le permet, l'armée en marche (l'agmen) prend une formation plus large, dite "au carré", les chariots étant au centre (VIII, 8). Dans le cas quinous intéresse, le train des équipages - remis en condition à Auxerre - est au complet. A noter que Vercingétorix a, lui aussi, son train des équipages (VII, 68).

Certitudes et incertitudes

Première incertitude. Elle concerne l'antiquité de Noyers. J'ai du mal à croire que la ville n'existait pas au temps de la Gaule. Face au pays senon, en poste avancé du pays lingon peut-être, elle se trouvait sur une voie antique, sur une hauteur remarquable dans une boucle de rivière qui la protégeait, comme Cahors, Besançon, Uxellodunum et d'autres. Etait-elle entourée d'un rempart ? Faut-il traduire le mot latin "castra" par camps ou par ville fortifiée? Je pose la question.

Deuxième incertitude. D'après le texte des Commentaires, on peut se demander si César n'est pas tombé volontairement dans l'embuscade gauloise. Mais si l'on se fie à Plutarque et Dion Cassius, il faudrait bien admettre que César s'est bel et bien laissé surprendre et que, par conséquent, il a dû subir des pertes.

Troisième incertitude. Une longueur de sept kilomètres pour une embuscade peut surprendre ainsi que les dimensions du champ de bataille. Je répondrais qu'il ne faut pas oublier que les Romains étaient, selon moi, à peu près 40 000 et les cavaliers gaulois 15 000 selon César, ce qui exclut un engagement dans un mouchoir de poche. Et il y a aussi les Commentaires qui nous relatent une embuscade dans laquelle était tombée, non pas toute l'armée romaine, mais seulement quelques escadrons de cavalerie. La plaine aux lisières desquelles les Gaulois se tenaient était circulaire et faisait trois kilomètres de diamètre... et ces Gaulois n'étaient que 6 000 fantassins et 1 000 cavaliers (DBG VIII, 18).

César ! Tu peux dire merci à tes cavaliers germains

Dire que César ne s'attendait pas à une résistance à Noyers serait le sous-estimer. Dire qu'il ignorait la présence de Vercingétorix et de sa cavalerie ne serait probablement pas exact. Mais il est toutefois possible qu'il ne s'attendait pas à ce que la cavalerie gauloise l'attaque, en force, en avant du Serein; d'où la question que ses ennemis auraient pu lui poser:

« César, quoi que tu dises, le fait est là. Tu as sous-estimé ton adversaire. Tu es tombé dans une embuscade qui aurait pu très mal se terminer pour toi. Avais-tu envoyé suffisamment de cavaliers en éclaireurs sur les flancs de ta colonne? »

« J'ai préféré garder le gros de ma cavalerie auprès de moi en force d'intervention rapide, aurait pu répondre César. D'autre part, la région était infestée d'ennemis, des guetteurs m'observaient de partout. Je n'allais pas perdre mon temps à leur courir après. Il fallait que je passe en force. Enfin, c'est bien parce que mes éclaireurs m'ont  prévenu dès qu'ils ont vu que d'importantes unités de cavalerie gauloise se mettaient en lignes de bataille que j'ai eu le temps d'envoyer ma propre cavalerie à leur rencontre.»

« Eh bien soit ! Mais tu peux dire merci à tes cavaliers germains.»

La déesse fortune n'était pas favorable

La fortune des armes est capricieuse. La manœuvre de Vercingétorix est tout à fait conforme à ce qu'on est en droit d'attendre d'un chef d'armée et on ne voit pas quelles critiques on pourrait lui adresser. Il en est de même en ce qui concerne les combattants gaulois. Tous ces mouvements ne pouvaient se faire que dans une stricte discipline. Et c'est César lui-même qui nous dit que les cavaliers gaulois avançaient vers lui, non pas en désordre, mais en lignes de bataille.


Ce texte est extrait en partie de mon ouvrage Histoire de Bibracte, le bouclier éduen publié sous le pseudonyme de Jean.  

 

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